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Charlotte, en école de design a réalisé ce prototype d’imprimante 3D mécanique avec Hugo, un habitué de l’Artilect de Toulouse.

La mécanique comme philosophie

Hugo Duclay et Charlotte Benkert sont les inventeurs d’une mécaniques bien huilée qui permet de dessiner en 3D avec de l’argile. Pistons, chariots, la machine possède 5 degrés de liberté et tire son énergie des jambes de son utilisateur qui pédale sous l’établi.

Notre rencontre avec Charlotte et Hugo nous a rappelé que faire de la mécanique ou des sciences de l’ingénieur c’est déjà pratiquer une sorte de philosophie, voir faire de la philosophie au sens propre. Alors, le mouvement maker: une philosophie du manuel ? On ne saurait conclure. On peut en tout cas affirmer que c’est une véritable réhabilitation du manuel comme moyen d’expérimentation et d’exploration du monde.

On vous propose un retour rapide sur quelques thèmes abordés avec Hugo et Charlotte

 

"Nous vivons une période caractérisée par un dualisme homme machine sans précédent"
"Quand on parle d'innovation on pense trop souvent aujourd'hui à 'hightech'. Le lowtech, ce qu'on appelle l'innovation frugale, est pourtant une vraie piste d'innovation"

Le constat

Pour Hugo, nous traversons une période caractérisée par un dualisme homme machine sans précédent : nous sommes dans une relation de dépendance quasi magique aux objets et robots qui nous entourent. Cette relation incomplète à notre environnement est créatrice de frustrations, d’un sentiment d’incomplétude. Difficile de s’accomplir dans le « virtuel », dans ces choses qui me possèdent et dans lesquelles je m’oublie.

Une proposition d’Hugo

Hugo explique avoir essayé de retrouver un lien aux objets en s’intéressant à la mécanique. Il a ainsi récupéré d’anciens manuels de mécanique (que nous allons publier sur notre site bientôt) du début du siècle pour se replonger dans la fabrication des machines qui y sont proposées. S’attacher à comprendre ces engins, leur fonctionnement, la façon dont celui-ci est profondément imbriqué avec l’homme est devenu une passion.

"La technique, avant d'être récupéré par une structure économique relève souvent d'une enquête collective autour de problématiques communes. "

Changer les choses

« J’ai pris les choses et elles m’ont pris » chante Goldman dans un tube resté célèbre. Dans le combat entre les robots et l’homme, Hugo et Charlotte marquent un round en se réappropriant des objets et des mécaniques du quotidien.

Vous avez dit « lowtech »?

Charlotte nous confie qu’aujourd’hui quand on dit innovation on pense trop souvent à high-tech. Innover ce n’est pourtant pas seulement inventer la nouvelle appli à la mode, ou sortir un nouveau téléphone qui fait le café. Le concept de lowtech, ou d’innovation frugale renvoie à l’idée que l’on peut faire changer nos façons matérielles avec peu de moyens, en valorisant des bricoles. La bidouille au coeur du système maker ce n’est pas seulement des machines à commande numérique ultra complexes !

L’avenir du mouvement maker

Et après ? « Nous vivons une période unique » nous confie Hugo, semblable à ce que les inventeurs de l’ordinateur et les premiers geeks ont vécu dans les années 80. Le numérique n’a pas toujours été une affaire de monopoles capitalistes, c’était avant tout un rêve, un mouvement utopique d’émancipation. La technique, avant d’être récupéré par une structure économique relève souvent d’une enquête collective autour de problématiques communes. La technique à ses origines, une invention, est la plupart du temps une réponse à la question : « que pouvons nous faire pour mieux vivre ensemble ? ». Cette période unique des fablabs explique Hugo prendra probablement fin le jour où les fablabs seront récupérés par des structures économiques ad hoc. En attendant, les labs sont des sources d’émancipation et d’accomplissement personnel incroyables !