Rencontre avec Naimeric Villafruela

Naimeric est un maker convaincu de la première heure : abonné au magazine Make depuis 5 ans (la référence des makers, qui a démocratisé le mouvement auprès du public américain !), il a suivi depuis la France tout l’émergence du mouvement outre-atlantique. Suite à l’achat d’une imprimante 3D en 2011 qu’il a montée et tunée (ie améliorée), il est rentré pleinement dans le mouvement ! Lui, le passionné de CAO, a enfin pu concrétiser sous forme tangible ses créations numériques !

C’est ainsi qu’il a rangé au placard son métier de développeur web depuis 17 ans, pour s’inscrire pleinement dans ce mouvement auquel il croit. Désormais, en plus de diriger le Fablab Moebius (1er fablab du 77), il a fait de la fabrique de prototypes fonctionnels son activité professionnelle.

moebius

Le fablab Moebius

Naimeric a créé le fablab Moebius il y a désormais deux ans pour rencontrer et échanger avec d’autres bricolos, ce type de structure n’existant pas dans la région. Encore aujourd’hui, certains adhérents viennent de Bourgogne et parcourent 150 km tous les week-ends pour venir créer et échanger.

Après des débuts difficiles sans avoir d’espace réservé, le fablab a désormais des locaux prêtés par la mairie de Barbizon (et bientôt un deuxième à Champagne-sur-Seine !) et peut viser un parc machine plus important. Un atelier bois, avec perceuse à colonne et scie à ruban, devrait bientôt voir le jour et une fraiseuse CNC complètera également l’installation. Cela vise à satisfaire les 120 adhérents de la méta-association (regroupant le fablab, une ludothèque et un ciné-club), dont le noyau dur d’habitués : une trentaine de personnes.

Un fablab accessible à tous

Le rêve de Naimeric serait d’ouvrir son fablab en permanence et gratuitement.
Cependant, pour des raisons budgétaires et logistiques (seulement 6 « Fabmanagers »), le fablab est ouvert seulement les samedis. ll est alors en accès libre pour les adhérents (10€ à l’année).
Des ateliers sont également proposés pour 10€ la demi-journée : cours d’initiation (impression 3D, CAO, électronique…) effectués par Naimeric ou son collègue Henri (chercheur au CNRS et enseignant en classes préparatoires et écoles d’ingénieurs).
Cette volonté de rester très accessible financièrement entraîne par contre un manque de moyens pour acheter de nouvelles machines

Ce que déplore Naimeric, c’est le manque de filles qui viennent fréquenter son fablab. Il ouvre donc régulièrement des ateliers du type « Décoration d’intérieur » ou « Impression 3D de bijoux ». Si les intitulés peuvent paraître sexistes, ils permettent aux filles de franchir la porte une première fois, avant de se laisser tenter par la programmation Raspberry Pi ou l’électronique.

Une volonté de formation

Chaque premier mercredi du mois est organisée une session pour enfants (8-14 ans). Entre impression 3D, automates et électronique, ils apprennent en s’amusant à devenir de vrais makers et repartent à chaque fois avec leur travail de l’après-midi !

Pour Adrien, 16 ans, le fablab fut une révélation ! Lui qui s’ennuyait à l’école est devenu passionné par les possibilités infinies offertes par l’impression 3D. Cette découverte le pousse désormais à réussir ses études car il rêve de devenir ingénieur !
Thomas, lui, est un touche à tout présent tous les samedis. Du haut de ses 13 ans, il trouve au fablab une écoute et est pris au sérieux  il lui arrive souvent de donner des conseils aux adultes !

Une promotion de l’entraide

Pour le moment, les adhérents viennent plutôt avec un projet personnel sur lequel ils cherchent de l’aide ou prennent des formations sans oser se lancer. Le but de Naimeric c’est de plus rassembler.

Il a donc lancé trois projets communs au fablab, sur lesquels chacun peut avancer :

  • Une imprimante 3D gros volume (30x30x30), dont la conception serait publiée sur GitHub
  • Une ruche connectée, permettant aux nombreux apiculteurs de la région de suivre l’évolution du nombre d’abeilles, en plus de paramètres plus simples comme la température, l’humidité ou le chargement en miel…
  • Un drone en FPV (First Person View = pilotage en immersion)

Les majeurs problèmes rencontrés par le fablab sont :

  • Le manque de bénévole qui oblige Naimeric à supporter une grande partie de la logistique et réduit les horaires d’ouverture
  • Le manque de visibilité du fablab auprès du public. Pour remédier à ça, lors du lancement de Star Wars, ils ont fait des animations dans des cinémas pour imprimer des pièces liés à cet univers
  • Le manque de budget

La Moebius Factory

A l’ouverture de son fablab Moebius, des entreprises s’y sont intéressées. Mais adosser à la structure « fablab loi 1901 » une activité de conseil aux entreprises pour laquelle Naimeric aurait été employé demande de lourdes démarches administratives. Il a donc décidé de créer son entreprise de prototypage et de production en petite série.
Il fait attention à ce qu’aucune collusion ne se crée (malgré la similarité des noms !). Pour lui, les problématiques des entreprises, comme la confidentialité ou la rapidité, ne peuvent être gérées dans un fablab.

Naimeric propose de nombreuses compétences issues des nombreuses machines qu’il possède (graveur laser, imprimante résine, rotomouleuse, scanner 3D…). Il vise à répondre aux besoins des PME et TPE et à leurs petits budgets.
Un de ses clients a par exemple fait appel à lui pour prototyper des sacs de golf innovants. L’expertise de Moebius Factory lui a ensuite permis de vendre une exclusivité de 25 ans avec Big Max (n°2 du marché).

Le boom des makers se traduit dans son activité par de nombreuses demandes autour de l’impression 3D. Cependant, les limites de cette technique sont encore souvent méconnues, avec par exemple des demandes de pièces en métal ou avec de fortes propriétés mécaniques.